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La gazette d'Aliahova : actualité de Michel Henry

Actualité concernant le philosophe Michel Henry (bibliographie, informations)

LA GAZETTE D’ALIAHOVA « En tout, henryen! » n. 99 novembre 2018

 

 

Ouvrages en langue française consacrés, en tout ou partie, à Michel Henry

 

Vincent Holzer : Le Christ devant la raison : La christologie devenue philosophème, Éd. du Cerf, 2017

 

 

 

Ouvrages en langue étrangère  consacrés, en tout ou partie, à Michel Henry      

 

 

Thomas Schimmer : Phänomenologische Kulturkritik : Praktische und kulturphilosophische Perspektiven bei Edmund Husserl, Martin Heidegger und Michel Henry, Ergon, 2018

 

 

 

Articles et contributions en langue étrangère consacrés, en tout ou partie, à Michel Henry

 

 

-Agustín Palomar Torralbo : El valor cultural del arte en la época de la barbarie: la fenomenología estética de Michel Henry (Estudios de Filosofía n.58, 2018)

 

-Nikolaas Deketelaere : Givenness and existence: On the possibility of a phenomenological philosophy of religion (Palgrave Communications, n. 4, 2018)

 

 

Souvenirs:

 

 

12) Cerisy-la-Salle

 

     Septembre 1996. Point de départ : Montpellier. Destination : Cerisy-la-Salle (Normandie) où va se tenir, organisé par Alain David et Jean Greish, pendant une semaine, un colloque dédié à Michel Henry qui s’avèrera un événement décisif pour la diffusion de sa pensée. Dans la voiture, Anne et Michel Henry (c’est elle qui conduira pendant tout ce long trajet) et, à l’arrière, Yorihiro Yamagata, l’introducteur de la pensée henryenne au Japon,  et moi-même. En chemin, nous ferons deux haltes touristico-culturelles : le château de Chenonceau où Anne et Michel Henry rivalisent d’érudition dans l’examen des tableaux, décelant leur origine, évaluant leur qualité artistique et distribuant des brevets d’authenticité…ou non, et le mont Saint-Michel où mon émotion sera grande de découvrir ce site exceptionnel aux côtés de mon maitre.

     Le château de Cerisy-la-Salle, situé en plein bocage normand, est un charmant édifice qui tient plus du manoir que du château-fort. C’est là, dans une vaste salle du rez-de-chaussée que se tiendront, quasiment sans interruption vu l’ampleur du programme, les conférences et les débats. Ma surprise est grande : moi qui pensais jusque-là être le seul lecteur de Michel Henry dans tout l’univers habité découvre qu’autour de lui une centaine de passionnés et de connaisseurs, amateurs ou professionnels de la philosophie, venus du monde entier, se trouvent rassemblés dans ce décor bucolique. Ils vont y vivre une semaine de réflexion et d’émotion intense, rare. Pour moi il en résultera quelques belles amitiés et de riches collaborations, aujourd’hui encore toujours vivantes.

     Malgré la fatigue d’une présence continuelle et sans cesse sollicitée (il va maintenant sur ses soixante-quinze ans) Michel Henry fait preuve d’une attention aux autres jamais démentie. Il assistera à la totalité des interventions, donnera une conférence et participera à un débat. Tous ces textes ont été publiés et sont désormais connus (Michel Henry, l’épreuve de la vie, Ed. du Cerf, 2000), mais les enregistrements des débats ont été, malheureusement, totalement perdus. Il me reste néanmoins quelques notes prises au cours des séances qui suivent chacune des conférences et où Michel Henry intervient quelquefois, quand il le juge nécessaire : ce sont elles que l’on trouvera ici avec une succincte présentation de leur contexte. Malgré leur brièveté elles me semblent importantes pour situer comment Michel Henry confronte sa propre pensée au contact des remarques ou des critiques qui lui sont adressées.

 

. Jean-Michel Le Lannou établit un parallélisme entre la vie absolue évoquée par Michel Henry et la vie divine selon Aristote. Michel Henry exprime son étonnement devant un tel rapprochement : il a totalement dépassé l’ontologie qui est le lieu où se situe la pensée d’Aristote, et le concept d’être n’est plus à ses yeux qu’un mot vide qu’il regrette aujourd’hui d’avoir utilisé dans L’essence de la manifestation. Le point qui l’intéresse désormais c’est de penser la distinction et l’unité entre la Vie absolue et la vie du vivant, l’auto-affection forte et l’auto-affection faible.

 

. Veillée : autour de Michel Henry, une partie de la délégation italienne. Les questions se fixent sur l’écriture de L’amour les yeux fermés et ses sources d’inspiration. Il y a certes, comme beaucoup l’ont souligné, les événements de mai 68 mais aussi l’expérience profonde et personnelle de la Résistance qui impliquait la nécessité de vivre dans l’incognito, de se cacher, le sort des contestataires des régimes communistes et des peuples qui les enduraient. Et puis, sur le plan de l’émotion esthétique, un tableau du Louvre, Les filles de Loth, où l’on voit des personnages fuyant Sodome embrasée sur un fond de nuit bleue et qui fournira le modèle d’une des scènes les plus fortes du livre.

 

. Alain Cugno a parlé de Saint Jean de la Croix. Dans le débat est abordé le thème de la foi. Michel Henry souligne qu’en toute foi il existe un au-delà de la foi qui la rend possible. C’est la certitude inébranlable d’être soi de la vie qui est la foi véritable, non la croyance en quelque chose qui se tiendrait hors de toute expérience immédiate.

 

. Jean-Luc Marion aborde l’aspect théologique de la pensée henryenne. Il est gêné par l’évacuation de l’aspect créateur de Dieu et de la personne du Saint Esprit. Michel Henry répond que la figure traditionnelle du Dieu créateur, si elle permet de nous expliquer l’existence des choses du monde, et d’abord de celui-ci, ne rend compte en aucun cas de notre condition de vivants, engendrés et non créés, non dans l’altérité de ce qui diffère de sa cause, mais dans l’unité d’une même chair vivante. Quant au Saint Esprit, dit-il, je ne parle que de ça : il s’agit de l’intériorité réciproque du Père et du Fils dans l’unité phénoménologique de leur manifestation.

 

. L’intervention de Rolf Kühn se termine sur une interrogation quant à la possibilité d’échapper ou non à la temporalité comme transcendance obligée, première déhiscence du monde. Michel Henry distingue le temps, tel que la philosophie l’analyse jusque chez Husserl, et qui présente effectivement cette caractéristique, et la temporalité non extatique qui est identique au mouvement des tonalités affectives de notre vie. Le soi transcendantal ne s’apporte pas lui-même en lui-même, il se décline à l’accusatif. Il advient à soi dans l’ipséité de la Vie absolue dans un procès de temporalisation qui exclut toute transcendance puisqu’à aucun moment il n’y a autre chose que la même vie, qui ne souffre aucune interruption possible qui la jetterait aussitôt dans le néant.

 

. La contribution de Rudolf Bernet inclut une note critique : l’évocation d’un hyper-transcendantalisme de Michel Henry, le fait que la définition de l’homme comme fils de Dieu (selon le vocabulaire de C’est moi la vérité, qui vient d’être publié et qui influence l’ensemble du colloque) efface et ne permet pas de penser les caractéristiques concrètes, réelles, de l’existence. Dans les limites d’une courtoisie dont il ne se départit jamais, Michel Henry se laisse aller à une sainte colère, car une fois de plus il est reproché à sa théorie de l’immanence de ne pouvoir rendre compte de la réalité du monde, de l’altérité sous toutes ses formes. Il s’agit pour lui d’une critique reposant sur une incompréhension radicale de sa pensée : c’est seulement la phénoménalité du monde qui est irréelle et non son contenu ! Celui-ci, bien évidemment, est massivement présent et il faudrait être fou pour le mettre en doute. Certes, dit-il, il a bien écrit La barbarie, mais aussi près de mille pages sur Marx à qui il a consacré dix ans de recherche et de vie !

 

. Alain David a choisi pour thème la question juive. Il se demande pourquoi Michel Henry traite aussi souvent du stalinisme et jamais explicitement du nazisme. Après que Jad Hatem eût fait remarquer que les fours crématoires sont évoqués dans Le fils du roi, après la scène de torture du personnage de José, Michel Henry réplique laconiquement que c’est son  œuvre, tout entière consacrée à l’exaltation de la vie et à la dénonciation des forces de mort, qui répond à cette question. S’il était permis d’ajouter quelques commentaires supplémentaires et personnels à cette réponse, dont l’apparente sécheresse pourrait étonner, je rappellerais, d’une part, que la question s’adresse à un Résistant qui avait vécu dans sa chair la tragédie de cette guerre et répugnait pudiquement à en faire état, et je renverrais, d’autre part, aux textes forts et définitifs sur la nature du fascisme que contient Du communisme au capitalisme, livre à cet égard trop habituellement négligé.

 

. Après un débat trop court, faute de temps et du fait d’un trop grand nombre de participants, consacré au marxisme et à l’économie, la rumeur enfle et se répand dans tout le domaine. A la suite de tractations quasi diplomatiques et malgré la fatigue des protagonistes, tous deux ont accepté un débat, qu’on imagine volontiers comme une sorte de combat singulier, en toute fin de soirée. Voici donc, à la lumière douce de la salle de conférence du château environné de ténèbres, dans une atmosphère d’attente fiévreuse, la rencontre improbable de deux personnalités que tout oppose : à ma droite, l’auteur de la formule cinglante écrite dans les années 1970 : « Le marxisme est l’ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx. », à ma gauche Etienne Balibar, un des représentants les plus éminents de la tradition  marxiste française.

     La critique de Balibar porte principalement sur le prétendu sujet monadique qui caractériserait la philosophie de Michel Henry (a-t-il lu le penseur qui ne cesse, dans son Marx, de parler des individus vivant?) et débouche donc sur la question : « Comment un tel sujet peut-il fonder les rapports sociaux ? » Feignant d’avoir largement oublié ces analyses désormais anciennes, Michel Henry entreprend cependant avec maestria l’exposé synthétique de la genèse transcendantale de l’économie exposée dans son Marx, insistant précisément pour expliquer comment le seul fondement réel réside dans le travail en commun des individus réunis dans l’intersubjectivité du désir et du besoin. Temps et rapports sociaux sont ensuite devenus des concepts abstraits issus de cette expérience affective première et partagée.

     Michel Henry souligne en tout cas combien leur consensus lui semble intéressant sur la notion de travail vivant et remercie Balibar de la qualité de cet échange. Ce dernier clôt cette rencontre, en définitive très apaisée, en déclarant combien le travail du philosophe de la vie lui semble très important, comment ce débat lui a ouvert des perspectives qui ne manqueront pas de nourrir la suite de ses propres travaux. Je ne sais s’il ne s’agissait que d’une formule convenue ou d’une authentique forme de reconnaissance. Peut-être pourrait-on y voir les prémices d’un cheminement qui, après la mort de Michel Henry, s’exprimera dans un long et surprenant hommage publié dans le journal L’Humanité.

 

 

 

à suivre…

 

 

 

 

 

 

 

Colloques, cours et rencontres :

 

  • Université Saint Joseph, Beyrouth, 16/10/2018 : Wissam Saadé et Mahmoud Baassiri : Le Marx de Michel Henry

 

 
  • Convegno di studi italofrancese in occasione della pubblicazione della traduzione italiana di L’essenza della manifestazione di Michel Henry (Orthotes 2018), Napoli, 2829 novembre 2018, Università di Napoli Federico II,
 
- Université de Namur, 4/12/18, Laura Rizzerio : La théodicée est-elle possible à partir de la phénoménologie matérielle de Michel Henry ?

 

 

 

Bibliographie henryenne et publications personnelles (ouvrages) :

 

Je continue de mettre à jour une bibliographie de et sur Michel Henry, commencée il y a plus de vingt ans. Si vous souhaitez la recevoir, n’hésitez pas à me la demander et je vous l’enverrai aussitôt.

 

Philosophie :

 

À l’Orient de Michel Henry, Paris : Éd. Orizons, 2014

 

Épreuve de soi et vérité du monde : depuis Michel Henry, Paris : Éd. Orizons, 2016

 

 

Autres textes :

 

Roland Vaschalde (textes) / Pierre Rivas (photos): Signes d’étangs, Éd. de la Fenestrelle, 2015

 

Roland Vaschalde (textes) / Pierre Rivas (photos): Chaos: Nîmes-le-Vieux, Éd. de la Fenestrelle, 2017

 

L’art de Joëlle Buisson : encres, peintures, haïkus, Éd. de la Fenestrelle, 2017

 

Roland Vaschalde (textes) / Pierre Rivas (photos): Les Jardins aux reflets de Nîmes, Ed. de la Fenestrelle, 2017

 

 

 

 

 

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